31 août 2010

. Rock en Seine : de l'huile l'eau sur le feu .

Je sais, l'an dernier j'avais dit : c'est fini, on m'y prendra plus, plus jamais, tous des cons.
Mais voilà, il a suffit de trois noms au programme pour me faire retourner ma veste et, comme tous les ans, oublier tous les petits (ou gros) désagréments du festival.

Cette année, j'ai renoncé au Midi Festival. A part WU LYF, je n'ai rien regretté et surtout pas ce vent qui a contraint à l'annulation de certains groupes.
Cette année, j'ai renoncé à la Route du Rock. A part les Flaming Lips, je n'ai rien regretté et surtout pas ces pluies diluviennes qui ont contraint mes amis à patauger dans la boue pendant trois jours.

Je me suis dit franchement tu es bénie, quel coup de génie ces renonciations, toi tu verras tes préférés à deux pas (ou presque) de chez toi et au sec. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris de croire qu'à St Cloud on était toujours à l'abri de tout (sauf des annulations hein, bien entendu).




Au premier jour, il a eu le vent, et la pluie et Black Rebel Motorcycle Club.
La poussière était fixée au sol, le site n'était plein que des chomeurs ou des RTT du vendredi, on respirait, on était bien, on était plein d'espoir, on allait voir les copains à l'espace presse, Daniel Darc au visage toujours un peu plus près du sol que l'année d'avant mais qu'on a toujours envie de prendre dans ses bras.
Y'avait bien les plasticines qu'on aurait envie de renvoyer chez leurs parents et Patrick Eudeline qu'on étoufferait bien avec les papiers des derniers numéros des inrocks, mais il est 18h, un premier jour de festival, on préfère rigoler.

Ce premier jour, en arrivant et depuis le pont j'ai entendu Skunk Anansie et ces vieux tubes que j'avais tant aimés, j'ai presque eu envie d'être là bas vite pour rattraper un peu de ma prime adolescence. Je me suis dit que la pauvre, à part pour ces titres là, je crois bien qu'elle n'interessera plus jamais les français.
Sur le chemin de la scène de l'industrie, je vois les foules accourir, Cypress Hill débarque sur scène, la foule lève vite les poings. Je suis étonnée par la capacité du public à passer d'une scène à l'autre en restant dans le bain, des caméléons de l'attitude musicale. Je me demande ou est la sincerité, ou est l'écoute ?
Je suis arrivée à temps pour aller voir les French Cowboy, j'ai toujours eu une certaine sympathie pour Pellegrini, j'ai tapé du pied bien volontiers pour commencer, et on a vite commencé à s'ennuyer, y'avait quelque chose de cheap et de pas novateur pour un sou, il n'y avait que cette voix familière et originale. J'aurais aimée être un peu plus surprise ce jour là par l'ancien Little Rabbits.

21h, enfin l'heure ...de voir BRMC, la scène est adaptée, l'horaire aussi.
Ce groupe fait partie de ceux que je n'ai jamais vraiement écouté et qui attise ma curiosité. Découvrir un groupe dont n'a écouté aucun album, sur scène, c'est toujours un peu dur, c'est rester en surface. Rien ne m'émeut chez BRMC, c'est un plaisir un peu mécanique qui vient de ces sonorités datées, un peu trop parfois. J'ai l'impression de n'avoir presque aucun souvenir de ce concert, juste une impresion globale.

Le jour 1 s'arrête là, j'aurais aimé voir Underworld jouer « Born Slippy » (adolescence, adolescence..) mais le froid était là, et Blink aussi.

Au deuxième jour, il y a eu un ciel gris, et James Murphy.
18h30, on essaye de faire un effort mais arriver tôt est compliqué, il faut le temps d'atterir et je n'ai pas le courage de traverser le site dans la foulée pour Jonsi dont le set se fait en acoustique ( sa guitare avait décidé de prendre un autre avion).
Dans la série des groupes dont je n'ai jamais rien eu à foutre : Queens of the Stone Age. Et pour ne pas mourir idiote, direction la grande scène pour voir Josh Homme et ses copains.
Ma curiosité ne fera pas long feu, 3 morceaux d'une platitude intersidérale plus tard, je préfère encore aller voir Naive New Beaters que de subir ce néant musical. Un jour, il faudra qu'on m'explique.
Ca n'a pas été ma plus glorieuse idée, des francos canadiens sur-excités, bondissant. David Boring (qui porte bien son nom) n'a visiblement pas soigné son hyperactivité. Même quand il s'agit de rendre hommage à son copain d'Ou est le Swimming Pool qui devait partager la scène avec eux, Boring continue de gesticuler. J'ai envie de monter sur scène pour l'attacher.L'énergumène vous pompe votre énergie et vous laisse là, au bord du despespoir le plus total.
L'espace presse pour oublier.




21h enfin l'heure ...de voir LCD Soundsystem. Le dernier concert de Murphy au Bataclan (en mai) en tête, je ne peux être qu'excitée. D'un coup d'un seul, j'oublie 24h de desert musical, Murphy me fait danser, me fait sourire. Murphy me fait apprécier la foule. J'en oublie que je me fais pietinier.
Du tube, et enfin du plaisir à voir et ecouter un groupe jouer à la fin de ce deuxième jour de festival.
On regrette encore une fois que « Dance Yrself Clean » ne fasse pas partie de la set liste, mais un «  New York I love you » couplé à l' « Empire State au Mind » de Jay-z plus tard, c'est oublié. Avec même une petite envie de pleurer.

Je suis suffisement heureuse et comblée pour avoir l'envie d'enchainer avec Massive Attack (plutôt que Jello Biafra, quelle erreur !) que j'ai vu quelques années plus tôt au même endroit. Les vieux morceaux ont été un peu retouchés et sont devenus incroyablement mou du genoux, le public est apathique, on s'emmerde fermement. Le public se reveillera juste au moment d'applaudir les textes défilants du groupe pour pointer du doigts les gardes à vues par ci, le président par là. C'est assez facile et bien pensant mais ça n'est pas vraiment ce qu'on leur demandait.

Aller dormir, pour être prête pour le grand jour.



Au troisième jour, il a eu l'eau et le feu.

Arrivée à 15h30, je ne veux rater les Black Angels pour rien au monde. Ils sont programmés à 16h en plein soleil, les organisateurs sont des hérétiques mais on pense que le pouvoir du texan est le plus fort. Il est définitivement trop tôt pour entrer dans la danse un rien pysché du groupe, toujours aussi bon. Je retrouve cette voix si similaire à celle de Morisson, et ces sonorités un peu pesante que j'avais appréciées mais il fait trop jour pour lacher prise. Lacher prise, c'est ce que fait très vite le public, peu acceuillant, qui desertera vite les lieux pour le concert unanimement ennuyeux du soit disant génie Eels (ça aussi, j'attends encore qu'on m'explique).

En attendant Beirut (sur la grande scène, autre hérésie) on entendra de loin, vautrés dans l'herbe, le concert lancinant de Wayne Beckford. Dites donc, on fait jouer des cover bands maintenant dans les festivals ?
On s'en fiche, après tout c'est l'heure de Beirut, le n°2 à m'avoir fait retourner ma veste, la journée ne peut plus être gachée.
Sauf que.
Mes nombreux lecteurs (ici rires) savent l'amour que je porte à Beirut, pour ces albums, pour les souvenirs de concerts, pour une soirée à emporter mais voilà Beirut m'a déçue. Sans me l'avouer je m'y attendais, la grande scène ne pouvait pas servir le petit homme que j'aurais presque preferé voir annuler que de m'offrir le concert de Beirut le plus triste de toute ma vie. Une setlist bien mal agencée, un public pas très enjoué et un groupe pas à sa place sur une scène bien trop grande, ça aura suffit à tout gacher. Les nouveaux morceaux passent presque à la trappe tant la décéption est grande, on attend un sursaut, qu'ils jouent plus fort, plus prenant, que quelque chose se passe. Et puis c'est fini et puis rien. Et puis on rencontre Zach Condon, on lui sert la main pour la première fois de sa vie et on aurait envie de le féliciter parce qu'on a passé un super moment et on ne peut pas.

Il faut bien trois heures pour faire fi de cette petite tristesse, haut les coeurs, je vais voir Roxy Music aux premières loges. Au bout de trois morceaux, je ne fais plus trop attention à la classe de Ferry, je n'entends que l'ennuie et le saxo 1987 qui m'irrite. De toute façon, je ne tiens pas en place, bientôt le feu sur la grande scène.

22h, la dernière heure..du festival. Je ne suis là que pour eux, trois ans avant au même endroit, Arcade Fire a démontré qu'en festival aussi les concerts pouvaient être grands.
Le concert commence, du Funeral, du Neon Bible, on chante, on est excités, on se regarde, contents, « oh et celle là, elle est bien » «  et celle là, qu'est ce qu'elle est bien » mais on est encore un peu loin, il faut s'approcher pour y être vraiment. A quoi ça sert les festivals si ce n'est à se noyer au moins, sous des foules de gens qui hurlent « No Cars Go ».
Chryde, bulldozer professionnel de fosse, ouvre la marche, les gens sont furieux, me tapent dessus, c'est le prix à payer pour arriver en bonne place au moment ou le groupe entame une série de morceaux de The Suburbs , on s'ennuie sur « Rococo », on attend la suite, la pluie commence à tomber drue, à l'horizontale, directement sur le groupe. Dans la foule on est presque à l'abris.
Butler est trempé et on sent bien que ça ne va pas pouvoir continuer comme ça. Moment de flottement le groupe s'arrête, Chassagne s'excuse, on va attendre 5 minutes. On dégouline déjà, en attendant on ouvre un parapluie qu'on partage à 6, avec des inconnus, on plaisante, sur les annulations, Oasis.
Puis le groupe revient, je ferme le parapluie, trempée pour trempée, ils s'organisent, ils vont jouer en acoustique. Et puis on y est, « Wake Up » démarre, ce fameux « Wake Up » qui restera le plus beau de ceux que j'ai entendu, parce qu'il y avait eu l'attente, parce qu'il y avait le froid, parce qu'il y avait de la débrouille et pas mal de coeur et d'envie sur scène, parce que les gens qui étaient réstés la autour de nous ruisselant plutôt que de se jeter dans la première bouche de métro en voulait vraiment, parce qu'on chantait tous, que dis-je on hurlait, que je me suis dit, le visage tourné vers la pluie, que c'était étonnant de prendre un tel pied sous le déluge.
Le concert s'est arreté, il en manquait surement la moitié, j'aurais pu être furieuse, mais j'étais dégoulinante et comblée.
Les imprévus, les annulations et le déluge ont parfois du bon, sans tout ça ce concert d'Arcade Fire aurait été un très bon concert, un truc banal pour eux, finalement c'est devenu un instant rare, un truc que les gens ne comprennent pas encore, parce que les vidéos ne sont parfois pas assez évocatrices.



En un « Wake Up » j'ai tout oublié : les gens qui m'ont déçue, la mauvaise programmation, ce site tellement trop grand, ces stands affreux ou l'on peut même s'acheter des voitures, la fatigue, le froid, le ratage de Beirut, que The Suburbs n'est pas un bon album. Pour Arcade Fire, je reviendrai. Va Rock en Seine, je ne t'en veux plus.


Tiens, d'ailleurs.
On raconte même qu'on a vu Jean Paul Huchon danser.

8 commentaires:

Disso a dit…

Toi, quand tu te lâches, c'est bien bien intéressant à lire, ma foi. Et la fin du concert d'Arcade Fire racontée par toi, ça file des frissons (même si comme moi on n'est pas fan d'Arcade Fire).
Quant à QOTSA, je suis déçue que ça n'ait pas été bien, il y a deux ans, je les avais vus à Nantes, et franchement, c'était très prenant comme performance

Dali a dit…

Merci !
Bon pour les QOTSA, je peux pas juger par rapport à leurs perfs habituelles, je ne les aime juste pas (et puis ce Josh Homme, j'ai envie de le claquer un peu)
En revanche boss clapping qui les aime a trouvé ça bien mais pas non plus fou je crois.

AntoineMR a dit…

Moi j'suis très client de QOTSA mais je confirme, c'était pas bon, très mécanique et trop de basse. Et en lisant ton LReport de 2009, j'adore ta comparaison : Rock en scène, c'est Citizen Kane en VF. Foals, Beirut, QOTSA = 3 concerts gachés.
Ca a été sur la moyenne scène où LCD, BRMC et Black Angels ont pu cracher.

Bon, sinon je te trouve un peu dure, mais les conditions météo et le monde FOU qui nous a congestionnés n'ont pas aidé.

jean a dit…

J'aime beaucoup cette chronique

Sylvain a dit…

LCD soundsystem, la valeur sûre dans tous les festivals, dommage que tu n'aies pas vue Martina, j'aurais aime lire le point de vue par rapport à sa performance avec Massive (avec lesquels je suis moins dur)

Dali a dit…

Merci Jean !

Sylvain : la performance de massive était globalement mauvaise, avec ou sans Martina.
J'avais aperçu sur arte live web son concert à la route du rock, c'était joli, mais un peu chiant

Anonyme a dit…

C'est 'Born Slippy', pas 'Born Sleepy'

Dali a dit…

"Born Slippy" c'est corrigé ! merci