31 juillet 2012

Midi Festival, Magic World

5 ans d’envie et d’attente et de jalousie. Fini de fantasmer, à moi le Midi.


2012

"BEAUCOUP D'AMOUR"



Le Midi Festival, ça commence comme une joyeuse colonie de vacances, sur le quai d’une gare, voir tous ces visages familiers, ces gens qu’on croise tous les jours et qui font des petits bonds de joie au petit matin, une valise à la main.

TGV 6109 de 10h19. Terminus Hyères. Des “oh” “oh” “oh” à chaque ami retrouvé, l’odeur des pins, le bruit des cigales et croiser un Thurston Moore en famille qui partage notre hotel.

Oui, quoi, tout ça est peut-être bien niais : s’extasier en revoyant soleil, s’émouvoir de croiser une star ravagée, c’est comme ça un festival sous le soleil, tout est plus beau, tout est plus doux. 

C’est là toute la force du Midi : on oubliera ses navettes qui vous prennent en otages jusqu’à 4h du matin ou encore cet hippodrome trop grand et impersonnel alors que l’on voudrait passer trois jours au sein du cocon Noailles, ou ses bénévoles un peu livrés à eux mêmes et débordés qui n’ont plus d’eau à nous vendre. On ne pourra jamais vraiment détester un festival ou le plus terrible voisin de concert est cette bande de cigales qui cymbalise si fort parfois, qu’on entend presque plus le chanteur.


Hippodrome 

Arriver à l’hippodrome pour la première soirée de concerts une serviette de plage à la main, les cheveux encore mouillés, la peau couverte de sel et le corps délassé. On aura raté Jagwar Ma (réel regret) à s’extasier sur un sentier de pins (qu’ils sont cons, ces parisiens). 


La soirée commencera vraiment pour moi avec Zombie Zombie, remplaçants de dernière minute, set efficace et reprise de Carpenter à la clé, pas de grande surprise quand on a déjà vu le groupe mais toujours du Jaumet de qualité, et qui sera finalement la meilleure prestation - à mon gout - de la soirée face un No Ceremony potpourri : un concert manquant un peu de coherence et parfois même un peu irritant quand “elle” chante plutot que “lui”, ou comment jeter l'opprobre sur Manchester en 30 minutes (“demi mesure” n’est pas ma devise).

La palme du plus mauvais concert du Midi 2012 est attribuée sans surprise à Willy Moon. On a eu un peu de peine pour lui, en l’entendant de-ci de-là se faire huer, puis l’inconscient s’attaqua à Screamin’ Jay Hawkins avec une reprise inintéressante au possible d’”I Put a Spell On You” ponctuée par des OUHOU et des HAHAHA façon salsa du démon, le tout avec des postures dignes d’un triste pastiche de Bela Lugosi endimanché, nous remerciant ensuite en s'inventant une voix grave se voulant d’outre tombe mais qui sonnait plus comme les restes d’un Ellery Roberts (WU LYF) d'après concert. Frontière du ridicule largement outrepassée.

Fin de soirée avec SBTRKT  qui aura largement ravi la foule - moins moi. Qualité indéniable cependant, pour qui aime danser sur un son “detroit 90” like, un poil redondant quand même.



Eviter l’Almanarre du premier soir et l’enfer des navettes pour affronter fraiche et pimpante la terrible ascension vers la Villa Noailles en fin d’après midi pour voir Aline et sa pop 'drague de surpat' - être triste de rater Weird Dreams - ne pas avoir le temps de récupérer son souffle pour se mettre à danser qu’il faut déjà repartir à l’hippodrome.  





A l’hippodrome, on commence par se rouler dans l’herbe en écoutant Arthur Beatrice et leur pop enlevée et sans pretention, mise en jambe parfaite sur les derniers rayons du soleil. Ni Thurston Moore (et son concert pourtant bien plus énergique que celui de Villette Sonique 2011) ni Bon Iver, sa reprise de Bjork et sa scénographie dégueulasse faite de chutes de serpillères (si quelqu'un peut m'expliquer...) ne feront de cette deuxieme soirée un souvenir inoubliable. Entendons nous bien, aucune torture ici, juste un ensemble sans folie mais ponctué de quelques soubresauts de plaisir à l’écoute, notamment, d’airs délicieusement Sonic Youthiens, du mini solo du génial Colin Stetson et du jeu du formidable trompettiste C.J. Camerieri.
Finalement, bien heureux nous étions de n’avoir pas usé toute notre énergie à trop bondir de plaisir quand, une fois à la plage de l’Almanarre, il nous a fallu (Ô l’horrible torture) danser les pieds dans l’eau chaude sur les mixs de Dixon et compagnie pendant 3 heures. Un summum de bonheur qui m’a vite fait oublier que je n’aurais pas le live tant espere de Blondes, mais un simple djset.



Plage de l'Almanarre

Au troisième jour, le corps accuse le coup, la ligne d’horizon tangue un peu, mais il faut bien la gravir encore cette fichue montagne pour avoir la chance de se laisser mourir de fatigue sur la pelouse de la Villa Noailles en écoutant John Riviera. C’est peut-être la fin qui approche qui sublime tout : Gabriel Bruce fait des bonds sur scene avec ses choristes cheaps et un peu vulgaires mais volontaires, le garcon est d’une sympathie ostentatoire, la voix est grave et belle et rappelle parfois Nick Cave ou Matt Berninger (on a vu plus dégueulasse). Le londonnien ressemble furieusement à Win Butler et - c’est une coïncidence - nous parle parfois d’amour façon prêche évangéliste. A la frontière d’un certain mauvais gout, mais sans jamais la franchir, une des très (très) belles surprises du Midi.





Avec Palma Violets, le plaisir ne retombe pas mais ils sont attendus au tournant : un joli buzz à l'anglaise (on a l'habitude maintenant) il n’y a rien d’officiel à ecouter/voir à part une video de répétition du groupe et sont déjà signés chez Rough Trade, de quoi attiser haine ou curiosité (pour les plus malins). Ils ne donneront pas matière aux mauvaises langues : ultra pro, les petits anglais en djellaba envoient mais nuancent leur son brut avec ce qu’il faut de mélodies accrocheuses. 



Jusque là, 2 à 0 pour l’outre Manche. Et, forcément, ce ne sont pas mes favoris M O N E Y qui vont renverser la vapeur. Les Mancuniens font leur petit bout de chemin, deux vinyles single et quelques mois apres le Point Ephémère, rien ne s’étiole, la voix de Jamie qui sonne comme un Robin Pecknold 4 étoiles vous prend toujours là ou il faut. La balance est juste entre le vaporeux mélancolique et l’intensité rock (au sens noble du terme) épurée, le talent de la mesure. On regrettera que ce soit si court et que le fabuleux "Letter to Yesterday" ne fasse pas partie de la setlist.




On passera vite sur la mignonne et énergique Nite Jewel et sa synth pop sympa mais un peu répétitive pour parler de la cloture-claque-patriote. 
Jamais facile d’être le groupe qui ne doit pas tout gâcher et à ce petit jeu Francois & The Atlas Mountains ne nous aura pas déçu, loin de là. On n'espérait meme pas tant d’énergie ni pouvoir danser autant. On voit rarement des musiciens maitriser chacun si bien leur tache et y prendre tant de plaisir. Pour exemple : quand le violoniste n’est pas sur scène il danse et chante en marge, pas lassé pour un sous des morceaux qu’il a du entendre un millier de fois. Et quand Etienne Jaumet (au saxo) et Cosmic Neman entrent scene, la fête est totale sous les grands bras des pins de Noailles, on tape du pied dans la poussière, des filles hurlent, fini le craquetement des cigales, carton plein pour l'équipée sauvage.


Francois & The Atlas Mountains


Et puis voila, ça arrive sans qu'on s’en rende compte, le festival est deja fini, bonjour tristesse, bonjour Paris et, si tu fais quelques petits efforts, surement à l'année prochaine le Midi.


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